Les microprocesseurs sont très gourmands en énergie. Issue de la recherche publique, une spin-off de l’institut des matériaux de Nantes-Jean Rouxel s’inspire du cerveau pour mettre au point une nouvelle architecture moins gloutonne. Créée en avril dernier, Mottronix exploite les propriétés quantiques des isolants de Mott pour une IA 1000 fois plus économe. Explications avec Laurent Cario et Julien Tranchant, respectivement CEO et directeur technique.
Laurent Cario, CEO de Mottronix, est titulaire d’un doctorat en science des matériaux. Après un post-doctorat à l’université de Cornell et un passage dans le secteur privé au centre de R&D de SAE Alsetex, il a rejoint le CNRS en 2000 et occupe actuellement le poste de directeur de recherche (classe exceptionnelle). Comme physico-chimiste des solides à l’origine des découvertes fondatrices de Mottronix, il incarne la vision globale de ce projet technologique depuis sa création. Il a dirigé l’équipe PMN (35 chercheurs) à l’IMN pendant 8 ans.
Julien Tranchant, CTO de Mottronix, est titulaire d’un doctorat en science des matériaux et ingénieur de Centrale Nantes. Il allie une expérience industrielle acquise chez Philips à des responsabilités académiques en tant qu’ingénieur de recherche au CNRS. Il a cofondé et codirige PLASSMAT (25 chercheurs), la plate-forme d’équipements scientifiques de l’IMN, et s’est spécialisé depuis 2011 dans le développement de composants basés sur les isolants de Mott. Son expertise porte notamment sur la technologie des mémoires de Mott, les procédés de nanofabrication et un engagement de dix ans auprès de l’industrie et des écosystèmes d’innovation.
Techniques de l’ingénieur : votre technologie repose sur les isolants de Mott, un concept étudié depuis 2005. Pourriez-vous nous expliquer pourquoi cette approche diffère radicalement des puces traditionnelles en silicium ?
Julien Tranchant : Avec les isolants de Mott, on peut faire de nouveaux composants qui n’existent pas à base de semi-conducteurs. C’est l’avantage radical de notre technologie. Les isolants de Mott sont des matériaux quantiques qui obéissent à une physique différente de celle des semi-conducteurs. Ce que nous avons découvert, c’est que lorsque nous leur appliquons des impulsions électriques, au-delà d’un certain seuil de champ électrique ou de tension, nous constatons une transition. Cette transition est volatile et peut devenir non volatile pour des champs plus élevés et aussi en fonction de la mise en forme du matériau. Grâce à la transition volatile, nous pouvons disposer de neurones artificiels, c’est-à-dire qu’on prend le matériau, on le met entre deux contacts, cela produit un neurone artificiel. Nous reproduisons alors le fonctionnement électrique d’un neurone biologique. Et, avec la transition non volatile, nous pouvons créer des mémoires non volatiles, et donc reproduire le comportement des synapses.
Pourquoi votre innovation est-elle majeure ?
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