Sans sursaut industriel, l’Europe deviendra un marché captif de l’IA

Pendant que les États-Unis et la Chine construisent des écosystèmes complets d’intelligence artificielle, l’Europe reste dépendante de technologies conçues et contrôlées à l’étranger. Par conséquent, la bataille engagée ne déterminera pas seulement les futurs leaders du numérique, mais aussi l’autonomie et la compétitivité de l’ensemble de l’industrie.

La rivalité entre Pékin et Washington vient de changer de dimension. Lors de la World Artificial Intelligence Conference (WAIC) organisée à Shanghai, Xi Jinping a dénoncé les restrictions technologiques américaines et appelé à une nouvelle gouvernance mondiale de l’intelligence artificielle. La Chine a simultanément annoncé la création d’une organisation internationale consacrée à la coopération dans ce domaine, soutenue par 29 pays. Cette initiative vise à convertir la progression technologique chinoise en influence diplomatique et réglementaire. L’affrontement porte désormais sur les modèles, les semi-conducteurs, la robotique, les infrastructures et les normes internationales.

Les États-Unis conservent notamment une avance dans les puces avancées, les capacités de calcul de pointe et le développement des modèles les plus coûteux. La Chine réduit toutefois son retard grâce aux modèles ouverts, à l’optimisation des coûts et à une intégration rapide de l’IA dans les processus de fabrication. Plus de 1 100 entreprises ont ainsi présenté près de 3 000 produits et technologies lors de la conférence de Shanghai. Le marché chinois de l’IA a par ailleurs dépassé 1 200 milliards de yuans en 2025, avec plus de 6 000 entreprises spécialisées. Pékin cherche, de la sorte, à maîtriser toute la chaîne de valeur, des composants aux applications industrielles.

Face à ces deux blocs, l’Europe ne dispose pas encore d’une puissance comparable. Sa part dans le marché mondial des semi-conducteurs reste proche de 10 % et près de 80 % de ses fournisseurs sont établis hors de l’Union européenne. La Cour des comptes européenne estime par ailleurs qu’il est très improbable que l’objectif européen de 20 % du marché mondial des puces en 2030 soit atteint. Le constat est brutal. L’Europe possède des laboratoires, des équipementiers et des industriels de premier plan, mais elle reste vulnérable sur plusieurs briques indispensables à l’IA.

Une souveraineté encore largement théorique

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