Maïmouna Bocoum : la physique son et lumière

Spécialiste d’acousto-optique, Maïmouna Bocoum, physicienne à l’Institut Langevin, développe des technologies d’imagerie pour la détection précoce de tumeurs du sein. Elle a reçu cette année le prix Irène Joliot-Curie – Jeune femme scientifique.

« J’aime apprendre et explorer des terrains que je ne connais pas », résume Maïmouna Bocoum, chercheuse à l’Institut Langevin1. Diplômée de l’École nationale supérieure de techniques avancées, elle qualifie son profil initial de « plutôt théorique », d’où son choix d’une thèse… expérimentale : « L’alliance des deux correspondait à l’image que je me faisais d’une pas trop mauvaise physicienne ! ». Ce qu’elle est manifestement devenue, et au-delà : cette spécialiste d’acousto-optique vient de recevoir le prix Irène Joliot-Curie – Jeune femme scientifique pour ses contributions à l’imagerie biomédicale.

D’abord formée à l’optique, Maïmouna Bocoum soutient en 2016 sa thèse de doctorat sur la génération d’impulsions laser attoseconde. Avec, à la clé, le record mondial de l’impulsion la plus courte à haute cadence dans le proche infrarouge, soit 3,4 femtosecondes, correspondant à une compression de la lumière sur presque un seul cycle optique (une oscillation complète d’une onde lumineuse, c’est-à-dire le passage de la lumière par toutes ses phases).

Maîtriser plusieurs domaines

Mais à l’issue de sa thèse, son envie de renouvellement, couplée à celle d’aller vers des applications, la font bifurquer. « Lors d’un séminaire où des doctorants présentaient leur sujet, j’ai été interpellée par les possibilités de l’acousto-optique », évoque-t-elle. Grâce à un financement postdoctoral, elle rejoint l’Institut Langevin, où elle se forme à l’imagerie acoustique. « Lorsqu’on maîtrise plusieurs domaines, on peut importer les concepts de l’un dans un autre, ce qui est souvent ainsi que naissent les innovations », commente la chargée de recherche.

Recrutée au CNRS en 2018, elle s’emploie à développer des méthodes couplant optique et acoustique pour la détection de petits objets, typiquement des tumeurs, situés en profondeur dans les tissus.

Comme elle l’explique, « la lumière est limitée par la diffusion, contrairement aux ultrasons, qui se propagent de manière balistique (en ligne droite, sans déviation, Ndlr), mais ne sont sensibles qu’aux interfaces. L’astuce consiste donc à faire vibrer la matière avec des ultrasons, ce qui a pour effet de moduler la phase d’une onde lumineuse la traversant, à partir de quoi on peut reconstruire une image optique présentant la résolution et la pénétration des ondes ultrasonores. »

Toutes les facettes d’une technique

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