Société Civile - Associations : Livres - Débats
Un livre à lire absolument
Il est plein de bon sens et ses propositions devraient guider tous développements industriels, toutes innovations, … pour un progrès défini comme le progrès d’une meilleure qualité de vie pour tous et non pas pour accroître encore la consommation.
« La planète va bien – C’est nous qui allons mal »
De Michel Soriano (ingénieur et chef d'entreprise)
Editions EMS
241 pages, 14 euros chez « Amazon.fr »
Ingénieur puis chef d'entreprise, Michel Soriano est d'abord un enfant de la terre et s'en réclame. De son enfance dans une ferme, en pleine campagne, il tirera une sensibilité particulière aux choses de la nature et de la vie qu'il nous fait partager.
Dirigent d'entreprises, intervenant à l'international, il est actif dans des secteurs très sensibles. De la métallurgie à l'agroalimentaire, en passant par le bâtiment, l'automobile, la thermique industrielle, le recyclage, le papier et les emballages, il connaît les dérives et les excès qu'il décrit et condamne. Il initie et participe à des actions environnementales significatives, reconnues en France et en Europe ou au niveau international.
--------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
A méditer et à débattre dans une large « transversalité »
Texte de :
Pascal PICQ
Paléoanthropologue au
Collège de France
Un formidable malentendu
L’entreprise darwinienne n’est pas celle que tout le monde craint, à cause de tant de clichés idéologiques : sélection brutale des personnels, licenciements élimination des concurrents, mépris de l’environnement et loi du plus fort.
Pour des raisons culturelles profondes, notre système éducatif sélectionne des élites destinées à faire carrière dans de grandes structures, mais avec le gâchis de la sélection par l’échec.
Pourquoi continue-t-on d’appeler « école de la seconde chance » celles et ceux qui passent par l’enseignement technique, professionnel et l’alternance ?
Autre conséquence de la sélection par l’échec, l’absence de culture d’essai / erreur. Pourquoi dire « prendre un risque » quand on se lance dans un projet plutôt que « tenter sa chance » ?
En recherche, on apprend plus des erreurs que des réussites, ce qui renvoie à un déficit culturel, celui de l’innovation.
Il y en a deux type : celle de type ingénieur ou lamarckienne qui consiste à améliorer des filières existantes – la France et l’Allemagne excellent dans le genre – et celle de type entrepreneurial au sens de Schumpeter et de Darwin, qui fait émerger de nouvelles filières, et là nous ne sommes pas bons. Pourquoi ? Toutes nos « élites » ont la même vision du monde, ce qui ne favorise ni l’émergence ni le développement de nouvelles filières.
D’un point de vue darwinien, ce ne sont pas nos élites qui posent problème, mais l’absence de diversité de nos élites.
Résultat : sur le Top 25 des grandes entreprises d’Europe, une seule a été créée il y a moins de trente ans et dans une activité classique, alors qu’il y en plus d’un tiers aux USA, notamment dans les biotechnologies et les TIC.
C’est aussi la conséquence des réticences en Europe, et surtout en France, pour un « Small Business Act » favorisant les PME / PMI, sources d’innovation darwinienne. Cela se retrouve très nettement dans l’évolution de la valorisation du CAC 40 fondé sur des entreprises de secteurs traditionnels avec une chute de 35% sur dix ans, tandis que le Nasdaq a augmenté de 30%.
Livre de l’auteur à lire :
« Un anthropologue dans l’entreprise »
Chez Eyrolles
Prix 18 €
-------------------------------------------------------------------
Autres livres à lire absolument
"La Planète va bien, c'est nous qui allons mal"
237 pages - 14 € - chez Amazon
Auteur: Michel SORIANO
Ingénieur ENSAIS
Une révolution sous nos yeux
Comment l'Islam va transformer la France et l'Europe
532 pages - 19 € - chez Amazon
Auteur: Christopher Caldwell
Industrie : I’ erreur des patrons
PAR CLAUDE PERDRIEL
(Article dans le Nouvel Observateur du 26 janvier 2012)
Et si le patronat se trompait de combat ? L’excès des charges et le haut niveau des salaires expliqueraient à ses yeux le manque de compétitivité de l'économie française.
Il faut le dire franchement : rien n'est plus faux. Dans nos économies développées, sur un marché mondial où les pays émergents exercent une concurrence féroce, c'est la matière grise, le talent des ingénieurs, la compétence des salariés qui nous permettront de sauver notre industrie.
Comme dans tous les pays riches, la société française se divise en trois parties : les créateurs de richesse, concepteurs, entrepreneurs, constructeurs professionnels de haut niveau, courtisés et bien payes.
Puis ceux qui leur apportent le support technique dont ils ont besoin, cadres moyens, contremaîtres et ouvriers spécialisés, indispensables donc protégés et plutôt bien rémunérés. Enfin le dernier tiers, hélas nombreux, peu ou pas formé soumis au smic et au chômage. Laissés de côté par le progrès, et victimes d'une Education nationale défaillante, ils ont impérativement besoin d’aide pour pouvoir vivre, consommer et conserver une chance de sortir de leur situation déprimante.
L’industrialisation dépend des deux premières catégories de salariés.
Si l’on tient compte de cette analyse, le principal est évidemment d’augmenter leur nombre et leur part relative dans la production. La baisse des charges pour les salaires les plus bas n'est pas le facteur déterminant. Elle facilitera I’ existence des entreprises de main-d’œuvre qui – espérons-le - embaucheront. Mais elle redressera très peu notre balance des paiements. De plus, les salaires chinois, que l’on prétend concurrencer, augmentent d'au moins 15% par an, beaucoup plus cette année si l’on tient compte aussi de la montée inexorable du yuan et de la baisse encourageante de I’ euro. A terme, le danger diminue. Prenons un exemple : un robot moderne, amorti sur cinq ans, coûte de 150 euros à 200 euros par mois, soit deux fois moins qu'un bon ouvrier chinois. Or une entreprise énorme comme Foxconn à Shenzhen prévoit de s’équiper de milliers de robots. Dans ce cas, où est I’ avantage compétitif des Chinois ? Cela prouve bien que la solution ne repose que peu sur le niveau des salaires.
La relance de l'industrie, en fait, dépend des PME de moins de 1000 salariés en leur donnant les moyens d'innover et de se développer. Ce sont elles qu’il faut aider. En recherche appliquée d'abord. Les cinq milliards que l’on dépense aujourd'hui vont en priorité aux grandes entreprises. Il faut aussi créer des centres d’aide techniques par bassin d’emploi, destinés à ces PME. Et prévoir des aides fiscales qui contribueront au financement des machines-outils et des robots sans lesquels il n'y a pas de hausses de productivité.
Il faut ensuite jouer l'exportation. Aucune PME ne pourra vivre et se développer sur le seul marché national. Un organisme spécialisé comme Ubifrance peut apporter, à peu de frais, un soutien décisif à l’étranger : antenne locale, aide juridique, rencontres commerciales, recherche de partenaires et de clients. Encore faut-il lui en donner les moyens. Mais retrouver notre place dans le commerce international demande une politique ambitieuse à plus long terme.
Chaque nouvel emploi industriel génère plusieurs emplois supplémentaires. Commerciaux, assureurs, avocats, ouvriers, hommes de marketing ne seront utiles que dans la mesure où il y aura d'abord eu un produit innovant, correspondant aux désirs des consommateurs. Autrement dit la majorité des salariés sont dépendants du travail des ingénieurs et des concepteurs, regroupés en bureaux d'étude et de recherche appliquée. Ce sont eux qui imaginent, puis réalisent concrètement le produit qui va être commercialisé dans le monde. Or ils manquent cruellement.
Les écoles correspondantes ont du mal à faire le plein de candidats, parce que l’image de l’industrie est aujourd'hui dévalorisée. Il devrait être facile, avec un peu de communication intelligente, de changer cet état de fait et de donner aux élèves et étudiants l'envie de choisir cette voie. D'encourager dans les collèges, par exemple, une filière technique et industrielle à partir de la seconde, concentrée sur les matières indispensables : français, mécanique, physique, anglais. De multiplier les écoles de tout niveau qui proposent des emplois à la sortie, en les finançant pour qu'elles puissent réduire ou supprimer leurs droits de scolarité trop souvent prohibitifs. De créer au sein de l'université une vraie passerelle vers ces formations de bon niveau.
Pour y arriver le plus important peut-être, c'est de cesser de taire croire que réussir dans la production impose d’être bon en maths. Combien d'adolescents sont découragés et vivent comme un handicap social la sélection par les mathématiques, aussi bien au lycée que dans les classes préparatoires (l’absurde, c'est que c'est vrai aussi pour les médecins. . .) ? A 15 ans, I'univers concret de la mécanique, des matières premières, de la chimie ou de la physique peut être passionnant et bien plus attirant pour un jeune que celui abstrait de l'analyse factorielle !
Syndicalistes et enseignants sont conscients de ce que notre système d’éducation débouche sur un chômage inacceptable, d'une injustice absolue et qui au fond menace les fondements de notre société. Alors n'attendons pas. Des centaines de milliers de jeunes qui sont la France de demain sont prêts, avec un peu de soutien et



















